Pascal PERCQ, Journaliste

Pascal Percq
Journaliste et membre actif d’ATD-Quart Monde. Il fut pendant de nombreuses années à la tête du service Démocratie participative et citoyenneté à la mairie de Lille. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « Une région pour gagner, la nouvelle aventure du Nord-Pas-de-Calais »

A propos de Noël JOSEPHE, deux souvenirs …

J’ai beaucoup de souvenirs avec Noël Josèphe, à la Région surtout quand il était Vice-Président à la Culture puis Président du Conseil régional. Lors d’évènements qui ont « marqué » la Région comme la visite de François Mitterrand à Lens en avril 1983, annonçant la fin de l’épopée charbonnière quand Noël était Président de la commission énergie à l’Assemblée nationale, ou en 89 à Louvroil avec Michel Rocard, Premier Ministre,  quand la Région crée  avec l’Etat l’outil d’aménagement du territoire, l’EPF pour la reconquête de 10O00 hectares de friches industrielles… Je l’ai accompagné en tant que journaliste lors de voyages à l’étranger notamment en Pologne, en septembre 89 juste avant la chute du mur, à Madère, en Chine, au Japon, avec l’ami Serge Perret … 

Deux moments très précis

On était ce soir là en mars 1986. C’était le soir des premières élections régionales. Avant, la Région, c’était un établissement public. Avec les lois de décentralisation, le Conseil régional devint ce jour là une collectivité territoriale à part entière. Noël, président sortant, était tête de liste dans le Pas de Calais, Michel Delebarre dans le Nord. Et la gauche a gagné. Journaliste, je venais de recueillir le commentaire de Noël sur les résultats du scrutin pour les publier le soir même dans notre édition spéciale. Nous sortons de son bureau et Noël devant moi descend l’escalier. Il est alors accueilli par un tonnerre d’applaudissements : tout le personnel de la région s’était rassemblé pour lui faire un triomphe. Noël était à la fois fier et ému serrant les multiples mains: ce fut ce soir là, l’acte de naissance d’une nouvelle région issue des urnes et dont il était le premier Président « élu » par le suffrage universel.

Un autre soir, un autre lieu, lors d’un déplacement à l’étranger je crois, nous ne sommes que trois ou quatre à échanger avec Noel autour d’un verre. Dans la conversation Noël Josèphe m’interroge alors sur mon activité journalistique du moment et j’évoque une recherche que je faisais sur d’anciens Résistants dont les rues portent le nom dans la ville nouvelle de Villeneuve d’Ascq mais dont on ne sait plus qui ils étaient… Je vois que le sujet l’intéresse et il me demande quels noms ? Je cite les Epoux Labrousse, Yves de Cugis, Marcel Bouderiez. « Ah lui je m’en souviens, me coupe aussitôt Noël, il était dans la cellule à coté de la mienne à Loos. Ils l’ont vraiment mis à mal » dit-il. Sans plus de mot. Marcel Bouderiez a été arrêté par la Gestapo, interné à Loos et fusillé au Fort de Bondues le 13 décembre 1943. Mais moi je réalise alors que ce Noël assis devant moi, tranquille, affable, taquin, si cultivé, souvent un poème à la bouche, une « personnalité » comme on dit…  est aussi ce combattant, résistant de la première heure  qui s’engagea à 21 ans dans le Réseau Voix du Nord en 1942, à peine marié à Aimée, puis arrêté par la Gestapo… Je ne sais comment il en est sorti, mais il était présent les armes à la main pour la libération de Bailleul en aout 1944, Bailleul… libérée par les Alliés Polonais ! Noël, une personnalité, certes… mais de quelle « trempe » !